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A21 - Lettre à François Fillon (20-01-17)


Cher Monsieur,

Encore une fois, félicitations pour votre succès lors de la Primaire de la droite et du centre. Je sais que c’est loin de vous et que ce que vous avez à faire maintenant pour la Présidentielle du printemps vous occupe à plein temps.

Vous êtes l’objet d’attaques multiples et cela me fait sourire car certains concurrents ne vous attendaient pas là. Pour être honnête au début, moi non plus ; j’avais l’image de vous d’un grand commis de l’Etat. Intègre et droit. C’est un compliment car beaucoup de vos amis politiques n’ont pas ces traits de caractère. J’ai apprécié votre courage quand Nicolas vous a fait avaler quelques couleuvres. Je crois que c’est dans ces moments difficiles que vous avez pris la mesure de ce que peut être la mission d’un chef d’Etat. Un ami, breton fier et travailleur, a décelé votre nouvelle dimension dès Juillet 2016 et m’a transmis votre livre programme « Faire ». Une idée amicale pour m’éclairer sans doute !

Vous ne le savez sûrement pas, j’ai écrit moi-même un ouvrage qui est en librairie aussi pour demander aux Français de prendre enfin de nouvelles responsabilités. En quelque sorte cesser d’attendre tout de l’Etat et de se prendre en charge. En particulier exiger des candidats des programmes clairs et documentés. Il y en a assez des promesses des Présidents du passé depuis M. Mitterrand qui promettent et ne font rien de ce qu’ils ont proposé avant leur élection. Je sais que le monde va vite et qu’il est compliqué mais vouloir le pouvoir c’est avoir envie de gouverner, prévoir, anticiper pour l’intérêt général.

Je ne m’attends pas à avoir cela de tous vos adversaires mais vos propositions sont un début significatif. Elles serviront pour élever le débat, du moins je l’espère, le débat est nul depuis des années. Manifestement vous avez préparé votre entrée en campagne depuis un bout de temps. Le programme proposé à l’avantage à première vue de faire pousser des cris à tous vos concurrents. Ceux qui se sont présentés à la Primaire de la droite et du centre en ont pris pour leur grade. Attention ils sont rancuniers…et auront des états d’âme. On ne refait pas les français.

Je ne comprends pas M. Guaino, conseiller spécial de M. Sarkozy qui souhaite se présenter contre vous. Il aurait dû mieux le conseiller pour ne pas le laisser s’embourber comme il l’a fait et se mettre la plupart des français à dos. Il va faire nombre à la présidentielle comme M. Alliot-Marie. De qui sera-t-elle l’arbitre dans cette galère ? Je respecte son travail et son énergie, mais sa morgue lui vaudra un camouflet. Elle avait mieux à faire avant pour faire passer ses idées. Je ne suis pas non plus un fan du principe des primaires, mais les egos sont tels dans le monde politique que l’intérêt général ne compte plus. J’aurais préféré que cela se règle « au couteau » en cabinet restreint. Mais au final l’affaire est plus claire pour la plupart des français ainsi.

Je ne réclame pas une République du passé, je réclame une République moderne ou Liberté-Egalité-Fraternité même amendés et rajeunis gardent un sens pour tous les ressortissants français. Une République qui pense à la France, non pas pour la fermer au reste du monde mais pour l’aider à s’émanciper de ses peurs.

Je crois que vous avez gagné la primaire car vous avez présenté une attitude digne qui correspond à l’attente nouvelle des français. Vous avez pris soin de parler de faire des actions qui forment un projet. Je retiens que vous avez dit : « Ce que je veux, c’est une France qui dans dix ans sera de nouveau à la pointe de l’Europe » ou quelque chose d’approchant. Cela me paraît être suffisamment ambitieux pour que l’on voit chacun de notre fenêtre le chemin à parcourir. Il y a des embûches mais nous pouvons y arriver. Question de volonté.

Nous voyons bien que nous sommes au fond du trou. Il fut un temps où les Etats-Unis parlaient avec la France. Ce n’est plus le cas. Trump s’en fout comme de sa première chemise, il a parlé à Angela et à May la gestionnaire du Brexit qui du coup se réveille enfin pour aller au bout du vote anglais. Je dis anglais, car je crois deviner que les Ecossais vont avoir d’autres réactions. Les anglais ont voulu partir de l’Europe mais se disent qu’ils voudraient bien profiter tout de même du gâteau mercantile.  Perfide Albion n’est pas un vain mot, ils sont bien embêtés pour aller plus loin que le vote. Ce serait un grand bien que cette sortie fasse l’union nouvelle de l’Europe. Car depuis le début les anglais n’ont pas joué le jeu. Ils ne l’ont joué que pour les opérations de défense. Mine de rien l’Europe est un bouclier pour leur île. Justement, ce sont des insulaires, ils sont différents des Européens, depuis des siècles. Ce n’est pas une tare, je les admire pour cela, mais avec eux mieux vaut être dur en affaire.

La presse et les médias vous ont écharpé en vous comparant à Madame Thatcher. Foutaise, ils ne savent pas ce qu’elle a fait pour les anglais, mais c’est une femme et comme vous le savez les hommes parlent, les femmes font. C’est un vrai mérite. Elle a tenu la baraque pour réformer. Nous n’avons pas su faire par manque de courage politique. Mais surtout par intérêt personnel. Votre mission d’homme politique est suicidaire, ce n’est pas un métier, électeur nous avons eu tort de confier à d’autres le pouvoir de nous représenter. Ils ne l’ont pas fait et nous ne savons pas comment réagir. Cela devrait changer. Face à Trump, les américains nous donnent une leçon. Dans toutes les vociférations médiatiques du Président élu, ils attendent les actes du nouveau Président. Donc on verra demain après son investiture. 

Revenons à votre nouvelle campagne. Elle va vous demander une énergie folle. Ce serait bien que votre programme soit maintenant plus clair qu’il ne l’est déjà. J’ai noté que certains ne l’ont pas lu quand j’entends vociférer maladroitement (comme à son habitude) M.  Gattaz, « le patron des patrons », subjugué par M. Macron. Ce jeune homme bien mis a été adoubé par la gauche, Ministre des finances après conseillé du chef, il connait le langage mais en a aussi la couardise. Il parle mais ne dit rien du comment il va faire pour mettre en œuvre ses idées. Il veut un changement doux… Pour notre pays ce ne peut être le cas. Il y aura des pleurs et du travail. Et les journalistes font monter la mayonnaise et les sondages affolent l’opinion. Le ballet est toujours le même. Les analystes patentés ne font rien pour poser les bonnes questions. Personne ne dit comment faire. Car c’est bien le problème de la campagne, le marketing joue avec des mots et comme il n’y a aucune définition nous élisons quelqu’un sur des idées fausses…On se croirait en IVème République et sa chienlit.

A cause de cela vous allez devoir faire preuve de la plus grande pédagogie pour faire taire médias et journalistes qui sont dans l’attente de je ne sais quoi. Pas un journal ne réclame un programme à M. Le Pen ou à M. Macron. Tout le monde écoute M. Mélenchon tancer ses concurrents et faire des promesses que les caisses de l’Etat ne permettent plus de réaliser depuis longtemps. Je me pose toujours la question : que ne dirait-on pas pour avoir le pouvoir ?

Chaque matin les journaux et les médias nous bassinent avec des informations fausses. On nous prend vraiment pour des moins que rien. On nous sert une soupe qui n’apporte rien au débat pour sauver ce qui peut l’être en France. Ce qui est le plus grave, c’est que la plupart de nos concitoyens va se faire une idée au travers des filtres privés de la télévision et de la radio. Les journaux sont en difficulté, mais je sais pourquoi. Ils ont le droit de donner leur opinion pourvu qu’elle soit honnête intellectuellement et ce ne fut pas toujours le cas depuis des années. On devrait pouvoir tout dire avec la liberté de la presse mais des abus ont été commis. Toute la profession en pâtit. Dommage, les journaux ont perdu leur raison d’être et n’en ont pas trouvé de rechange. Je me demande ce qui est appris à l’école de journalisme depuis quelques lustres…

Je sais que vous consultez à nouveau pour mettre plus de clarté dans votre premier message et j’ai senti votre conviction de ne pas faire de compromis pour rapprocher les voix discordantes de droite et du centre qui ont fait des remarques sur vos idées. La « profession » politique est en danger pour certains. Entre la fin du cumul des mandats et leurs possibilités d’investiture certains députés et sénateurs vont perdre leur métier dans la bataille que vous allez mener. C’est pathétique de voir qu’il n’y a aucun sens de la discipline de vote dans ce pays et que chacun joue sa propre partition en oubliant qu’il est élu et qu’il a alors seulement une mission jusqu’au prochain mandat. S’il le mérite. C’est grave et les français commencent à montrer qu’ils ont assez de cette situation, si cela continue comme cela nous courons à la Révolution, j’en ai conscience.
Je sais que vous réfléchissez au projet futur de la Sécurité Sociale. Avec elle beaucoup de choses sont liées. Nous oublions toujours que nous sommes dans un système. Changer un domaine change tout.

C’est vrai que nous sommes un pays de malades quand on voit les dépenses qui sont faites en pharmacie. Nous vieillissons aussi et cela ne va pas aller très bien pour les retraites par répartition. Pour nous soigner, les médecins disparaissent et les spécialistes se font rares. Le tableau n’est pas rose à vrai dire, il doit y avoir des raisons à ce malaise. Il n’est pas inhérent à la mondialisation celui-là. Nous avons commis bien des erreurs dans l’orientation de la santé et nous avons trop attendu pour mieux orienter le projet des retraites. Nous savons depuis longtemps ce qu’il faut faire mais nous avons peur de faire…, pour garder les bulletins de vote au chaud. C’est un drame pour tous et une perte essentielle de compétitivité nationale et internationale.

Mais savons-nous pourquoi nous sommes malades ? Je crois, pour voyager un peu partout dans le monde que le français, est victime du stress. Tous les stress s’attaquent à lui, à commencer par le « principe de précaution ». Il est devenu une manière de stresser toute action potentielle même intellectuelle. D’autres sont plus réels. Le stress du travail ou du chômage, de l’école et de ses rythmes, de ce que l’on mange et qui nous tue à petit feu. Le stress du marketing qui nous pousse à consommer pour acheter plus aux chinois aussi. Sans oublier le stress des immigrants qui nous font peur. J’allais oublier le stress de la banque et du système financier qui met la pagaille dans beaucoup de domaines pour les gens de la rue. Je ne dirai rien de l’état d’urgence qui se prolonge et de l’insécurité de la vie quotidienne pour certains quartiers. C’est devenu banal…

Vous avez à éclaircir tout cela, Cher Monsieur, et j’imagine qu’il vous faudra beaucoup de passion et de courage. J’espère que vous avez vraiment envie depuis quelques temps d’être Président de la République, pour pouvoir réussir un tel challenge. Vous le savez sans doute, dans une course politique c’est celui qui a le plus envie qui gagne. Mais il doit, en plus de croire en lui, se donner des moyens.

J’attends que vous insistiez sur le fait de résorber notre dette abyssale (une famille ne pourrait pas vivre ainsi endettée) et que pour cela vous preniez des dispositions justes pour arrêter la gabegie du train de vie de l’Etat. J’attends par exemple que les doublons de services entre commune, communauté de communes, métropole régionale, département, régions et Etat soient traités. J’attends que les officines (non connues) qui pondent des règlements avec nos taxes soient dissoutes si elles sont inutiles et passées au privé si elles sont utiles. Ni l’Etat, ni la région ne doit s’occuper de tout. J’imagine que c’est comme cela que vous allez diminuer le nombre de fonctionnaires. J’en ai été longtemps avant de démissionner et je sais qu’il y a des répartitions nouvelles à imaginer dans un projet politique cohérent. Il y a effectivement besoin de nouveaux objectifs de productivité. Je pense que le laxisme général des cadres la Fonction Publique et des grands services des régions a oublié que la République donnait une priorité à la méritocratie. Quand tout bouge autour de nous une adaptation est pour le moins nécessaire. Eliminer des postes de fonctionnaires ne veut pas dire éliminer des postes fonctionnels dans mon esprit. Certains services pourraient être privatisés…

Cela fait plusieurs fois que je vous parle d’erreur de diagnostic et d’analyse dans la conduite de la politique et de son environnement médiatique. C’est un problème d’éducation. Notre école ne parle plus de la France à ses enfants. Notre école est capable de laisser au bord du chemin près de 170000 jeunes tous les ans. Ils sont recensés, mais combien ne savent ni lire ni écrire correctement notre langue à l’âge de 14 ans. Comment voulez-vous qu’ils se comportent pour s’insérer dans le paysage de France. Parler la langue, celle qui est enseignée avec le roman de la France et dans la géographie mondiale est un minimum pour faire apparaître un sentiment de nation et d’identité. Cette force intérieure permettrait de mieux affronter la mondialisation et régler une part des problèmes liés à l’immigration.

Le français bien compris permet de faire des analyses correctes et d’avoir une conversation que tout le monde comprend. Les gens du Québec, les africains défendent la langue française mieux que nous. Je ne suis pas contre les anglicismes mais je suis choqué qu’un M. Macron aille dans une Université allemande et parle en anglais aux étudiants. C’est de l’élitisme déplacé. C’est totalement inconvenant, un affront à la France. Je parle trois langues pour ma sécurité personnelle, mais quand je représente officiellement la France, je parle français. Quand je demande un service à l’étranger pour louer une voiture ou une maison que je paye avec de l’argent français, j’exige des explications en français, sinon je change de boutique. Nous préférons la médiocrité à l’école et ce n’est pas comme cela que nous donnerons des chances aux jeunes enfants. L’Education Nationale s’est fourvoyée dans ses idéologies…

Je pense que ce que vous préparez va aussi servir à redonner quelques valeurs à la famille. Car dans les idéologies de gauche qui nous polluent depuis des années nous avons perdu quelques repères…

J’aimerai que vous insistiez aussi sur le domaine de la course aux lois et aux taxes. Toute humeur, toute crispation de l’atmosphère donne lieu à une loi. Certaines se contredisent, certaines sont dépassées mais donnent matière à créer des missions pour les avocats. L’inflation des lois est aussi forte que celles des taxes créées par les gouvernements précédents. Ils nous promettaient des baisses d’impôts mais pendant qu’ils parlaient les services de Bercy créaient de nouvelles contraintes pour ponctionner un peu plus nos comptes et réserves. Personne parmi les candidats ne parlent de ces sujets, pourtant ils concernent la compétitivité de la nation.

J’espère que votre programme d’emploi pensera à inciter agriculteurs et paysans à produire des aliments de qualité et de proximité. Il y en assez d’être empoisonné impunément par les industriels qui utilisent le marketing pour nous induire en erreur. Il serait temps que la justice soit suffisamment efficace pour s’occuper des cas des industriels pour une meilleure santé demain. Le premier médecin, c’est de manger correctement pour prévenir les maladies et non être malade de trop manger de produits qui présentent des dangers.

En parlant de justice j’espère que dans votre projet vous avez prévu d’appliquer la loi pour tous et de proposer des postes ministériels à des gens qui n’ont pas eu de casseroles aux fesses. Je crois que la plupart des français sont laxistes sur certains comportements des hommes politiques, aussi nous avons les politiciens que nous avons élus (et que nous réélisons). Je ne sais si mes concitoyens s’en rendent compte mais ce sont eux qui votent ou pas. C’est dangereux de ne pas se rendre compte de la valeur de son bulletin de vote. Non seulement il faut voter, mais se serait bien ensuite contrôler l’action des élus et au lieu de vociférer, agir pour qu’il soit remplacé…C’est cela la démocratie moderne.

Tant que vous y êtes soyez précis sur l’Europe, elle est malade de notre peu d’attention et de son inflation réglementaire. Nous l’avons créée et nous la laissons aller à volo. Il y a des actions simples potentielles pour la relancer, Angela attend cela. Nous avons besoin d’une défense commune et de trouver des solutions viables pour l’immigration. Sans l’Europe nous sommes dépassés sur ces sujets. Il ne s’agit pas d’abandonner notre identité, il s’agit de trouver un mode de gouvernance qui soit efficace pour contrer toutes les normes inutiles et les règlements débiles pondus par des technocrates. L’administration nous tue le mouvement elle a besoin d’un gouvernement pour exister face aux USA, la Chine et ce qui va se passer dans le futur. L’Europe sera une aide pour notre développement et un support pour parler au reste du monde bien plus fort que nous.

Enfin Parlez aussi clairement du numérique et de la recherche pour trouver de nouveaux débouchés demain. Les jeunes en auront besoin. Nous avons parmi nous les meilleurs mathématiciens du monde. Les voies nouvelles ouvertes par la bonne compréhension de l’écologie vont permettre de retrouver des opportunités de moyens nouveaux. Que les services financiers et bancaires fassent à nouveau leur travail pour aider les entreprises innovantes, ils devront recruter des ingénieurs pour étudier les dossiers au lieu de les rejeter faute de compétences.

J’ai été un peu long mais une fois de plus, je crois qu’il faut plus expliquer avant d’agir mais l’important c’est d’agir et d’être intègre. Je crois que c’est une de vos qualités. Alors je compte sur vous pour faire ce que vous dites. Et je vous souhaite bon courage, il va vous en falloir car la route n’est pas simple pour votre projet. Mais demandez avec force et conviction à vos concurrents de d’argumenter leurs attaques de vos propositions. Cela donnera un débat propice à éclairer les français sur leur futur. Ne laissez pas les journalistes jouer avec un mot mais avec des idées. Le pays tout entier y gagnera…

Bien à vous.


Michel Prieu

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