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A24 - Macron et l'Algérie de P. Darricarrère (20-02-17)



Texte écrit sur Facebook par l’oncle (pied noir) de ma cousine Marie Hélène Yung, Philippe Darricarrère:


Il le sait. Il n'y a qu'à voir sa tête sur la photo à Alger. Le premier jour, il lâche : "La colonisation est un crime contre l'humanité" C'est très choquant pour les survivants de cette période dont je fais partie. Et le lendemain, essayant de se rattraper, que dit-il ? Une phrase lui revient en mémoire machinalement : " Pieds- noirs, je vous ai compris ! " Phrase de triste mémoire. Il ne pouvait pas faire une gaffe pus grave. 😞

Mon sentiment est qu'il se laisse influencer. La France n’a pas envahi une nation souveraine comme il le déclare. Le candidat à l'élection présidentielle a survolé bien trop vite ses dossiers avant que son avion se pose sur le tarmac de l’aéroport d’Alger pour donner cette interview incroyable du 13 Février 2017 que les pieds noirs ne sont pas prêts d’oublier. Quel gaffeur ce Macron ! Il a encore quelques progrès à accomplir sur le plan de la diplomatie et du respect des sensibilités des uns et des autres.

Visiblement, il ne connaît pas le dossier de la colonisation de l’Algérie. Comme il est intelligent, il remplace sa méconnaissance du dossier par l’éloquence. Mais cela ne fait pas illusion et ne cache pas son inculture concernant les relations séculaires entre la France et l’Algérie. Il n’a pas eu le temps d’assimiler une notion très importante, c’est que l‘Algérie n’existait pas quand les français ont débarqué à Sidi Ferruch en 1830. Ce sont eux, les Français qui ont « inventé » l’Algérie à partir d’un immense territoire quasiment désert qui n’avait encore aucune unité, la Grande Barbarie. C’était son nom.
Il y avait sur ce territoire:

1.   Des tribus berbères, véritable melting-pot résultant du mélange des descendants des précédents envahisseurs, romains, phéniciens, et vandales de qui les berbères tiennent leur teint clair si sensible au soleil brûlant d’Afrique du nord.
2.   Des tribus arabes nomades parties de la péninsule arabique entre 661 et 750 après JC.
3.   Des espagnols autochtones dont Oran était la capitale,
4.   Des juifs séfarades chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique,
5.   Des descendants d’esclaves européens affranchis par la Régence d’Alger,
6.   Et enfin les citoyens de l’empire Ottoman, véritables maîtres des lieux de 1515 à l’arrivée des français en 1830. Peu nombreux les Ottomans s’étaient regroupés sur la côte qu’ils écumaient avec leurs bateaux pirates. Le pays était sous la garde des Janissaires, célèbres pour leur cruauté. Comme les Vandales avant eux, les Ottomans ne s'assimilèrent jamais aux autres communautés. Durant trois siècles, ils demeurèrent à l’écart, vivant comme des étrangers en Afrique du Nord.

La France de Charles X n’avait nullement l’intention d’envoyer une population de peuplement dans ce territoire infesté par la Malaria, dont la terre desséchée était peu fertile et nécessitait un travail considérable de mise en valeur. Non, ce fut la piraterie organisée par le Dey Turc d’Alger, qui décida la France a tenter une opération militaire à Sidi Ferruch. En effet, la principale source de revenu de la Régence d’Alger était la piraterie esclavagiste en Méditerranée qui causait beaucoup de tort à la navigation commerciale des pays développés et exposait aux razzias des pirates « barbaresques » non seulement les équipages des navires mais aussi les populations côtières.

En 1818, les principaux pays européens se réunirent en congrès pour évoquer ce sujet qui les préoccupait depuis le 17ème siècle : comment mettre fin à cette nuisance dont la base logistique n’était autre que le port d’Alger l’Ottomane.

En 1815, les États-Unis avaient déjà, à cause de cela, déclaré la guerre à Tripoli suite à l’enlèvement de 130 citoyens américains voyageant en Méditerranée. Tous avaient été capturés, en pleine mer, entre 1785 et 1793. Pour cela, la marine américaine s’attaquera, sans succès, au Dey ottoman d’Alger.

Un peu plus tard, en 1815 toujours, ce seront les Néerlandais qui tenteront à leur tour, sans succès eux aussi, de mettre fin à la piraterie esclavagiste installée à Alger, abritée derrière des murailles d’où partaient les bateaux pirates.

En d’autres termes, le Congrès international de 1818 exprimait la montée en force de l’exaspération internationale, face au trafic esclavagiste écumant depuis trop longtemps les eaux de la Méditerranée et ses côtes occidentales. A l’époque, Chateaubriand appellera la France à prendre la tête de ce combat. C’est ainsi que commença sans vraiment en avoir envie la colonisation de ce territoire inhospitalier.

La France a donc mis un terme à cette barbarie (bizarre, c’était le nom usuel du pays à l’époque), en sécurisant la circulation des navires marchands. Puis un peu sans le vouloir, les militaires ont aussi pacifié l’intérieur des terres et c’est à ce moment-là que l’installation d’une population de paysans dans le pays a tout naturellement germé dans l’esprit des gouvernants français de l’époque.

Ensuite pendant 130 ans, la paix civile s’est installée en Algérie qui est devenue département français régi selon les mêmes lois que la métropole. Pendant cette période la France a fait œuvre d’éducation, de civilisation et de médicalisation de la population autochtone qui vivait dans une très grande misère. Peu nombreuse au début, décimée par une mortalité infantile importante et une absence totale d’hygiène, cette population s’est considérablement multipliée, preuve s’il en est besoin, de la bonne administration française. Mon arrière-grand-père était à cette époque médecin général inspecteur des hôpitaux d’Algérie et veillait à prodiguer les soins médicaux à toutes les composantes de la population algérienne sans aucune discrimination.

Ce n’est qu’en 1962, après la confiscation des entreprises françaises par l'État algérien et les débuts de l’exploitation du gisement de gaz naturel d’Hassi-Messaoud qui générait beaucoup de convoitise, que la nation algérienne musulmane, épurée de sa population d’origine européenne, a pu émerger. Mais à cette date, la colonisation était terminée depuis longtemps et la cohabitation entre les français d’origine et les autochtones n’avait pas aussi mal fonctionné qu’on le dit. J’en suis témoin. Notre famille revendiquait à l'époque le droit pour les français d’être chez eux en Algérie, après cinq générations nées dans le pays. Ils avaient gagné ce droit par leur naissance et leur travail dans le pays.

Ceci n’a malheureusement pas empêché la très grande injustice qui leur a été faite lorsque le 19 Mars 1962, une période extrêmement violente de tri ethnique et de terrorisme aveugle leur a fait préférer l’exil à la mort. Je faisais personnellement partie de cette innocente population civile coincée derrière les grilles du port d’Oran sous la protection d’une armée française désarmée par les accords d’Évian !

Je ne vois pas où est le crime contre l’humanité dont parle monsieur Macron. Il semblerait qu’il ne considère que la période de la torture lors de la bataille d’Alger. Torture non autorisée par les règles internationales éditées par les pays développés pour une « guerre propre » mais largement utilisée par les fellaghas, à tel point que les paras de la légion ont pu effectivement « oublier » la réglementation internationale par esprit de vengeance. Ce qui bien sûr ne les y autorisait pas mais pourrait les faire bénéficier de circonstances atténuantes.

Donc, les français n’ont pas colonisé l’Algérie en 1830, tout simplement parce que cette nation n’existait pas encore ! C’est la France qui a enfanté l’Algérie telle qu’on la connaît aujourd’hui, toute pétrie de culture française et de religion musulmane. Les migrants français, pour la plupart des paysans sans terre dont ma famille faisait partie, se sont établis sur ce territoire agricole grand comme la moitié de la France mais peuplé seulement de trois millions d’âmes en 1830, selon l’historien Xavier Yacono.

L’administration française a-t-elle été meilleure ou pire que l’administration Ottomane ? Personnellement il me semble que le résultat en 1962 n’était pas si mauvais que cela et c’est bien dommage que les français dont je fais partie, aient été obligés de partir de ce pays qui aurait pu continuer de fonctionner ainsi, toutes les communautés œuvrant ensemble à sa mise en valeur, un peu à la manière du Brésil. L’histoire en a décidé autrement dans la douleur, la mort, et l’exil. Alors laissons l’oubli continuer son œuvre. Raviver ces souvenirs est trop douloureux. Taisez-vous monsieur Macron.

Philippe Darricarrère

Commentaire personnel :
Merci Monsieur de cette mise au point. Je trouve que sur ce pays comme sur tous les pays arabes nous avons commis beaucoup d’erreurs dans le passé, mais cela ne nous a pas servi de leçons puisque nous en commettons encore…

Nous ne savons rien faire d’autre que de ressasser cela et de ne jamais mettre en avant ce que nous avons apporté aux autres pays. Nous avons des qualités mais nous ne savons que parler de nos défauts, cette erreur nous perdra…



Michel Prieu

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