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A37 - Arêches-Beaufort: Poésie et valeurs (26-01-18)


Bonjour à tous,



Des Pyrénées aux Alpes, de France à la Nouvelle Zélande les vallées ont un cœur fait de poésie et de valeurs. Une association d’idées qui perdure un peu plus longtemps qu’à la ville toute proche pourtant, Albertville, l’Olympique pourtant elle ne m’attire pas.

Nous ne le savons pas tous, mais les images qui circulent dans nos têtes nous sont beaucoup dictées aujourd’hui alors revenir ici se poser remet à l’endroit la manière de penser. Le rituel, c’est en premier de garer la voiture, tout se fera à pied. L’idéal serait de couper aussi les outils de communication. Mais dans le monde d’aujourd’hui ce n’est plus raisonnable, un fil ténu mais solide nous relie à tout ce qui est notre vie.

Je vous dirai bien que ce que vous lisez me relie à vous bien plus que vous ne l’imaginez. Je pense du bien de vous, non parce que vous me lisez, mais parce que vous existez, vous êtes une partie de la valeur ajoutée de ce monde insensé.

Arriver dans la vallée au Planay, c’est à chaque fois ce que je ressens, la vie reprend du sens. Le fait de marcher, de prendre le temps de regarder tomber la neige, de sourire aux plaintes de ceux qui trouvent une fois qu’il y en a trop ou pas assez, que c’est de la soupe ou de la glace, montre combien la vie est difficile.

Le sens, c’est du petit chalet (ou du grand maintenant) d’ouvrir la fenêtre et d’attendre que le jour se lève. De regarder chaque détail des lustres et des bois travaillés avec le cœur pour tout enjoliver. Prendre le temps de regarder les skis anciens posés bien à la vue pour nous rappeler, combien en si peu de temps le monde a changé.

Le sens c’est de s’équiper pour aller skier, mettre ses chaussures confortables quand il y a quarante ans ce pouvait être un supplice que de les porter. S’équiper léger, les doudounes sont moins épaisses mais matière intelligente bien calorifugées, impossible d’arrêter le progrès. Conscient tout de même d’acheter des produits des montagnes et pas fabriqués par des enfants ou des gens qui ne sont pas payés. Je vous ai invité dès cette année dans ces pages à faire votre révolution, … à votre échelle mais elle est importante. C’est moins douloureux qu’il n’y paraît, question de réflexion et de ténacité. En montagne vous vous y connaissez.


Le sens c’est de s’arrêter pour suivre des yeux les moniteurs de ski avec leurs cohortes de débutants faire des arabesques sur la page blanche et me demander si quelque chose a changé dans leur manière d’enseigner. Leur tenue a changé, toujours rouge, couleur du pouvoir et fait toujours rêver les dames qui ont confié leurs petits et ne bougent pas dans le froid pour tout surveiller et s’émerveiller des progrès de leurs petits.

Il faut dire qu’ils ont un secret. Mine de rien pour les débutants Le Planay c’est compliqué passer de la piste verte au télésiège de Piapolay bien des dimensions peuvent changer. Les petits ont commencé lundi et ce jeudi les voilà dispersés sur les pentes de Grande Combe ou à dévaler vers les Combettes. En fin de journée une belle randonnée, mais les mêmes attitudes sur les skis selon que l’on est plus ou moins doué, non plus ou moins peur. Il faut se rappeler combien cela fut dur de mettre la tête dans la pente pour tourner avec plus de facilité.


Le sens encore c’est de partir marcher au milieu des chalets pour voir comment le bois en a été ciselé. Comme si les habitants voulaient montrer que dans sa dureté la montagne vous donne des valeurs d’esthétique pour ressembler aux lignes dessinées par les sommets. Regarder comment un écusson de la région a été interprété par un artiste ignoré mais qui dit exactement la joie d’habiter cet endroit. Plus loin, on dirait qu’il ne fait pas froid parce que le bois bien rangé ne semble pas bouger, d’ailleurs la cheminée ne fume pas.

Encore quelques pas pour trouver le départ des grimpeurs qui doivent eux aussi avoir un cœur énorme pour monter à la vitesse d’un train à vapeur. C’est un régal pour les yeux de les voir, pas à pas monter en zigzag comme je le faisais. En fait, j’ai renoncé, j’ai peur de voir éclater mon cœur, je me suis raisonné, je crois n’être pas le seul. Je suis admiratif de les regarder s’échiner avec un point de mire le dossard de la Pierra Menta au début du printemps.

Pour courir, il faut s’entraîner le cœur mais surtout rechercher son âme, c’est elle qui vous rapproche des sommets. Qui fait le lien entre le physique et le mental, qui dans les moments d’épuisement va chercher au fond de soi les ressources pour lever le pied encore et encore quand sous la fatigue la machine s’est enraillée. Je me souviens bien que c’est un jour par moins trente degrés que si près d’un sommet, j’ai bien cru ne pouvoir y arriver. Atteindre sa limite voilà qui a une valeur, un instant de conscience pour comprendre qui l’on est vraiment. Au pays de Frison-Roche tout cela prend du sens, juste au moment où je réalise que c’est la petite fille de Norbert Casteret qui corrige mon dernier manuscrit. La vie a du sens, elle sait lier des amitiés trop souvent nous l’avons oublié.

Sans se retourner continuer de grimper ; après tous ces jours de neige la pluie est tombée. Ses larmes ont creusé des rides sur les pâturages désertés. Le soleil souligne les ondulations qui n’invitent plus à admirer le manteau lisse et blanc mais renvoie au passé. Aux rides qui soulignent les visages burinés des gens de la vallée. Un bonjour, un sourire suffit à les dérider, écouter puis ouvrir un bout de conversation. Tout de suite ou presque ils vous parlent de leurs craintes, au fond de la vallée ils n’imaginent pas le monde tel qu’il est. C’est plus feutré, peut-être filtré.

Je prends un malin plaisir à leur dire qu’ils sont privilégiés. Vivre à la campagne loin du bruit des cités est un privilège qu’ils devraient se rappeler. Voir des hameaux regroupés où toute une famille est encore lovée, c’est insensé. Partout les tribus existaient mais ont été disséminées, ici petit à petit même avec quelques départs, elles restent constituées. Son voisin très souvent, si ce n’est son frère c’est un cousin. Je veux bien croire connaissant ma famille que ce n’est pas toujours simple mais je vois avec plaisir que les chalets sont coquets, un signe de prospérité. J’espère que cela va durer, la vie a du sens dans cette vallée.


La montagne le sait, elle sculpte le caractère des hommes. Elle leur donne des sobriquets pour quand on les nomme ne pas se tromper. Dans mes Pyrénées, mon père est né « bedel » comme aider dans la langue de la petite vallée fermée, ce fut sa destinée. Je sens qu’ici en écoutant les uns et les autres il en va de même. Au fur et à mesure que je monte je ne peux que constater que tous savent travailler. Chaque chalet en dit un bout, aucun n’est pareil, illustrant l’unicité et la singularité de celui qui l’a fait.

Cette poésie calme et parfois agitée quand le vent souffle fort sur les sommets, cache des caractères qui rehaussent la vie de ce coin de montagne. Ce terme à mes yeux mélange des valeurs ancestrales comme elle favorise la pratique de tous les skis et même de la luge. Montagne s’associe avec plusieurs valeurs fondamentales qu’il ne faut pas galvauder. Le monde change mais justement ici pour avancer, il y a parfois des obstacles lourds et longs à déplacer. La valeur travail est la première sur laquelle je veux insister. Il se voit partout et je sais qu’il est toujours dur à exécuter.


Dès qu’il neige, il faut préparer la route et les pistes pour accueillir le mieux possible les touristes et ne pas les laisser prisonniers. Le ballet des engins commence tôt et fini tard. Les équipements souffrent dans le froid, les réchauffer, les bichonner pour les solliciter le matin arrivé. Sacrés travaux tout au long de l’année et à y regarder de près constater que tous les techniciens sont de la vallée. Ils sont inquiets, voient arriver un nouveau projet pour lequel ils n’ont pas été consultés. L’histoire de la vallée leur rappelle que dans le passé, ils se sont déjà trompés. Ils sentent les limites de leur destinée. Pourtant il faut avancer, trouver des idées pour malgré tout progresser. Petit à petit ils comprennent qu’ils doivent s’en charger.

Une autre valeur de la vallée c’est la responsabilité. La conscience que le site offre peu de champ pour évoluer des projets ont avorté ou ont été oubliés faute de réflexion ou de volonté. Les plans à long termes mort-nés. Pour vivre encore demain en sécurité il ne faut pas se tromper. Conscience enfin que chacun est impliqué pour apporter ses idées et qu’il ne doit en aucun cas se désintéresser de ce qui se trame autour de lui.


A la ville on a tôt fait d’oublier sa responsabilité mais la vallée est étroite et les possibilités de s’étendre sont minimes. Le jeu d’avenir est compliqué, très spécifique pour développer l’activité. La vallée a des atouts par son esprit montagne, c’est sa singularité.  C’est autour de cette vérité qu’il faut trouver une cohérence à tous les projets. Attirer les touristes est de plus en plus compliqué. Partout ils sont gâtés veulent tout mais ne rien payer. Souvent ils ont oublié leur responsabilité et prétendent que vous êtes là pour les choyer, alors qu’ils ne font rien pour se faire accepter.

Un touriste ne fait pas d’effort, il a des droits et ne sait pas quels sont ses devoirs. La ville leur a fait oublier la valeur de ce mot. Pourtant la poésie de l’endroit devrait l’y entraîner, il mettra quelques jours à comprendre où il est. Un chalet sait vous le rappeler. Un ensemble immobilier avec un groupe de vacanciers apporte de l’argent un temps certainement, mais il mine aussi l’esprit de ce qui fait la richesse d’un pays, mes voyages me l’ont appris. Je vais chez l’habitant, un cœur qui bat pas toujours pour l’argent.


Evoluer a de la valeur, pour ne pas stagner il faut se projeter, mais pas trop loin de ce qui est le cœur de la vallée, la valeur de son identité. C’est cela qui apportera le succès et qu’il faut mettre en avant pour intéresser le mot fort du moment : le marché !





A suivre…




Michel Prieu

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